
La balade du randonneur. De Marquixanes à Arboussols

Le P.O.T. Rando’ Club(*) vous invite dimanche 10 mars 2024 à faire une balade.
Durée : 4h40. Dénivelé : 420m. Difficulté : moyen. Conditions : licence annuelle 35 euros. Repas grillade : apporter apéro, vin, eau, viande… Départ : 8h45 au parking de la piscine du Moulin à Vent à Perpignan.
Marquixanes le village du « Rocher des Chênes »
La première mention du village connue à ce jour remonte à l’an 1007 ; cette année-là un nommé Miron et sa femme font donation à l’abbaye de Saint-Martin du Canigou de deux pièces de terre et d’une vigne situées au lieu-dit « Cagols » et à la « Coma » sur le territoire de « Marchexanes ».
Le 29 mars 1025, l’évêque d’Elne Béranger II fait l’acquisition, auprès de l’abbé de Saint-Martin Sclua, de l’église de Marqueixanes en échange de celle de Saint-Saturnin de Vernet. Dix ans plus tard, le 15 juillet 1035, Guifred, comte de Cerdagne, fait également une donation de biens qu’il possède dans la localité à l’abbaye de Saint-Martin.
L’abbaye bénédictine de Saint Martin fut fondée en 1007 sous l’influence de Guifred, comte de Cerdagne et de Conflent, qui devait d’ailleurs se retirer en 1035 au monastère, où il prit l’habit des bénédictins.
À cette époque, les territoires de Lunad (Llonat), Avellanet et Vincitello(Joncet), Favars (La Sacristia St Michel de Cuxa)) (aujourd’hui compris dans la commune de Los Masos) étaient des dépendances de Marqueixanes, qu’on écrivait aussi Matrechexanas (1025), Madrechexanas (1035), « villa Marechexanes » (1102).

Selon Jean Tosti, ces trois graphies nous invitent à penser que le nom du village serait composé de deux racines, Matre=la mère mais qui prend aussi le sens d’une éminence rocheuse (si l’on suppose une racine pré-indoeuropéenne) ce qui correspond tout à fait au site du village et Queixanes= cassaneum désignant le chêne. On aurait donc tendance à voir en Marquixanes un rocher planté de chênes sans aucune réelle certitude.

Bâti du XVIIe siècle dont la date de construction est présente sur les portails d’entrée de nombreuses demeures : ici le portail ci-contre affiche la date de 1580 la plus ancienne maison du village.
Il pourrait bien s’agir d’erreurs de scribes et Marquixanes pourrait être aussi vraisemblablement le nom de villa d’époque franque avec le nom du possesseur en l’occurrence un nommé Marcus Cassius. En tous les cas : difficile de trancher !

La première enceinte fortifiée construite à partir de 1172, a joué le rôle de cellera, abritant le Fort ainsi que les produits des récoltes et la seconde protégeait les maisons des habitants. L’autorisation de construire le second rang des fortifications a été accordée par le roi d’Aragon Jaume 1er après le traité de Corbeil de 1258, afin de protéger la frontière nord. Vinça et Casefabre connurent les mêmes privilèges. L’abbé de Saint-Martin du Canigou sera le seigneur de Marquixanes jusqu’à la Révolution.
Sur ce petit territoire de 479 hectares, situé entre Vinça et Prades, les ressources ont toujours été tirées du sol et la population, pauvre dans son ensemble, cultivait la vigne alors que les terres plantées en céréales ou en légumineuses, irrigables, appartenaient aux propriétaires aisés. Le pic élevé de population semble avoir été atteint en 1846, avec 619 habitants. On assiste ensuite à une érosion : 466 habitants en 1901 et un minimum de 303 habitants en 1990. La courbe s’inverse nouveau avec 407 résidents en 1999 et 536 en 2008.
L’église, mentionnée dès le XIe siècle, est dédiée aux Saintes Eulalie et Julie. Reconstruite au XVIIe siècle, elle renferme un riche mobilier baroque. Le retable du maître-autel est signé Francesc Nègre, selon un contrat passé en 1692 et il abrite les statues des deux saintes.

Le beau clocher-tour, antérieur à la construction de l’église, a été bâti en 1611. A noter qu’il subsiste la base romane de l’ancien clocher.
La visite du vieux village peut débuter par les restes des fortifications auxquels on accède par deux portes, l’une menant à l’église et l’autre à la rue du Fort.
De la seconde enceinte subsistent également deux portes dont l’une donne sur le cami del Figueral. On remarquera de nombreuses et anciennes belles maisons de caractère.
Aujourd’hui l’Association La Cellera œuvre pour conserver à Marquixanes, mais aussi pour faire connaître, son patrimoine, son architecture et sa culture. ,
Un village fortifié

Pour fortifier un village, il fallait une autorisation royale. Dès 1172, l’abbé se Saint-Martin du Canigou est autorisé par le roi Alfons à construire une « forca ».
En 1245, un nouveau privilège est accordé par le roi Jaume 1er d’Aragon pour faire construire un château à Marquixanes et un autre à Casefabre. L’existence de fortifications est d’ailleurs attestée par un texte de 1263, qui évoque le « castro de Marchexanes ».
Cependant, en 1347, les remparts sont démantelés, tout comme ceux de Prades et de Vinça, pour punir la ville d’avoir pris le parti de Jaume II de Mallorca contre le roi d’Aragon. En 1351, un nouveau privilège du roi Pere d’Aragon autorise la reconstruction de la muraille.

Tel qu’il nous apparaît aujourd’hui, le village paraît avoir deux enceintes. La première, la plus ancienne, entoure ce que les gens du village appellent depuis des siècles « le Fort ». Contenait-il vraiment un château ? Nous n’en avons aucune certitude, puisque l’ensemble a été profondément modifié au XVIIe siècle par la construction de la nouvelle église.
Le bâtiment s’est implanté à la place de l’ancienne église, mais a très bien pu réutiliser en partie les restes du château. Ou alors au Moyen Age, on a simplement eu affaire à une église fortifiée, accompagnée d’une « cellera », sorte de vaste grenier protégé des pillards par le mur d’enceinte.
Cette hypothèse est en partie confirmée par les textes du XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux propriétaires ont en effet, en plus de leur maison, un « celler », un « cortal » ou une « cave » à l’intérieur du Fort.
Ainsi, pour construire la nouvelle église, il a fallu détruire les celliers de Pere Francesc Marti et d’Amador Tarda. Dans cette hypothèse, le terme de « fort » ne serait que la traduction de l’ancien « força », avec le sens de fortification.

Cette première enceinte a été en partie détruite, mais d’importants éléments de muraille ont été conservés, notamment au nord. Il s’agit d’une belle construction en galets de rivière élevée sur une assise de roche granitique. Les pierres sont montées en appareil irrégulier, à l’exception de quelques éléments en arête-de-poisson, ce qui, selon les opinions communément admises, correspondrait à une construction du XIIe siècle.
On accède à l’intérieur du Fort par deux portes. La première, qui donne sur « la rue du Fort », est en plein cintre, surmontée d’une bretèche comme c’est le cas dans de nombreuses constructions médiévales.
Un arc de décharge en pierre, qui se retrouve sur la face interne, assure la stabilité de cette porte.
L’autre porte, également en plein cintre, est celle qui conduit à l’église. Contrairement à celle de la rue du Fort, qui a souvent été modifiée, cette porte paraît avoir conservé intact son plein cintre d’origine, en blocs soigneusement appareillés.

De la deuxième enceinte plus tardive, il ne reste pas grand-chose, sinon deux portes, à l’est et à l’ouest. La porte orientale, assez bien conservée, donne sur le cami del Figueral.

La porte occidentale, non loin de la fontaine, est en grande partie détruite, et n’a conservé qu’une partie de son encadrement.
En 1176, à la suite de longues disputes, l’abbé de Saint-Martin du Canigou donne à Guillaume, seigneur d’Eus, un manse, les maisons qui sont à côté de ce manse, des cens dus sur des moulins et deux celliers situés « in celleria de Marechexanis ».
Ces deux celliers sont de taille différente : l’un à la taille du cellier de Saint-Martin, l’autre est de la taille de tous les autres.

Sur ce plan en 3D apparaît l’église actuelle datant du XVIIe s (1646) :
- en rose le 1er rang de fortifications ceinturant l’église romane
- et en bleu le 2ème rang de fortifications protégeant l’espace fortifié.
À l’arrière de l’église apparaît un morceau de ce 1er rang de fortifications. (à droite sur la photo)
Ce document est précieux à plus d’un titre : il nous signale l’existence de la cellera, et il est le seul à avoir conservé ce terme.
Plusieurs éléments prouvent que cette cellera est un espace anciennement et fortement structuré.

D’abord on y observe, au XIIe siècle, la présence attentive de l’abbaye de Saint-Martin du Canigou, seigneur du lieu, mais surtout ce texte semble indiquer que coexistent au sein de la cellera des celliers d’une taille différente : certains de la taille de celui de l’abbaye -un de ceux donnés au seigneur d’Eus est de cette taille- là- probablement plus grands, les autres, celliers courants, ordinaires, de taille plus réduite, doivent être les celliers correspondant aux exploitations rurales, les manses.
Ici nous avons affaire à un espace régulièrement loti, mais avec une différenciation de la taille des parcelles selon la catégorie sociale de leur possédant, et donc selon des besoins de stockage différents.
Pour se renseigner, tél à Jean-François : 04 68 56 81 03 / 06 20 40 63 05
(*) Le Perpignan Omnisports des Travailleurs-es, association affiliée à la F.S.G.T.
Jean-François Menny