Je verrai toujours vos visages

Je verrai toujours vos visages

Jeanne Herry parvient à émouvoir avec ce puissant long-métrage qui s’appuie autant sur le réel que sur le talent de ses comédiens.

Film

Jeanne Herry parvient à émouvoir avec ce puissant long-métrage qui s’appuie autant sur le réel que sur le talent de ses comédiens.

La justice restaurative est un dispositif de réparation collective, puisqu’il offre aux victimes et aux auteurs de crimes l’occasion de se rencontrer, d’échanger et de partager pour se comprendre et se réparer mutuellement. En filmant les rencontres dans le huis clos de la prison, la cinéaste ne donne pas d’autre choix au spectateur que de s’impliquer. D’abord des visages, puis des mots. Ses images portées par des dialogues intenses, sa caméra, témoin bienveillant et à l’écoute des protagonistes. Toute la palette de nuances entre la culpabilité et la responsabilité, entre la banalisation et les exemptions.

Je verrai toujours vos visages impose la conviction du pouvoir du groupe. Le film place tous les personnages sur un pied d’égalité, si bien que l’on distingue parfaitement la dynamique de groupe qui s’opère. Victimes, détenus, bénévoles et professionnels de la justice restaurative : chacun est représenté dans toute son humanité. Il retrace la lutte sourde que connaissent les victimes de drames effroyables, et tristement banals. La peur constante, la colère, le sentiment d’être incompris, la douleur sont recueillis et entendus par les acteurs de la justice restaurative avec une écoute inconditionnelle. Le groupe qui réunit des auteurs de vols avec violences et des victimes témoigne parfaitement de la dimension collective de la transformation. Poignant et bouleversant, en ne montrant pas les crimes, en les racontant à travers les mots et les silences, le film nous captive et appelle notre empathie. Nous percevons les mécanismes psychologiques qui opèrent lors des rencontres entre victimes et criminels, et les étapes d’un long travail où le lien humain et la parole amènent à la guérison.  Ce film porte en son sein, dans son cœur, dans ses tripes, un bout d’humanité. 

Evelyne Bordet

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