Intermittence

L'indemnisation des intermittents du spectacle en France participe largement à définir le statut de l'artiste dans notre société.
L'intermittence pour les artistes et techniciens du spectacle qui ne sont pas en CDI, est un système d’indemnisation pendant les périodes non travaillées. Pour simplifier, si 507 heures sont validées sur 12 mois dans des contrats pertinents, il sera possible pour l'artiste de débloquer une allocation de retour à l'emploi calculée sur le montant brut gagné et le nombre d'heures travaillées sur la période de calcul. Il ou elle pourra ensuite toucher l'allocation sur les douze mois suivants, les jours non travaillés.
Question à Katia et Julien, musiciens intermittents, que pensez-vous de ce système ?
C'est un avantage de pouvoir échelonner nos revenus, bien que la cotisation soit élevée, en particulier lorsqu'il s'agit d'un cachet. Même si dans une société idéale il n’y a pas besoin de l’intermittence, ce système sort les artistes et techniciens du spectacle français de la grande précarité qu’ils vivent dans d’autres pays.  Au Royaume-Uni, ce sont les mécènes qui compensent le fait que l'art n’est pas rentable. Dans la société française c'est l’engagement de l'État qui soutient l’art à travers l'intermittence. Le point positif majeur, c'est qu’on n'est pas dans une situation de soumission. Ici l'État nous pousse vers des missions sociales et politiques liées à la vie de la cité. C'est très différent que de devoir se faire convainquant auprès de mécènes. En France, lors d'une générale d'un spectacle, les invités sont par exemple des scolaires ou des personnes prises en charge par des centres sociaux. Ailleurs, les mécènes sont invités en contrepartie de leurs dons. Au final, toute la place de l’artiste dans la société est liée à ce système d’intermittence étatiste. Il s'agit d'un « pacte social ». Pour que cela fonctionne, il est crucial que les organisateurs de concert (association, privé etc) déclarent les artistes.
En France, on a le droit de choisir la liberté sans se précariser autant que dans d'autres pays et pas besoin d'être inféodé aux mécènes.
Propos recueillis par Veronika Daee