
Insolite et tumultueux « Cent mètres papillon » de Maxime Taffanel

Alénya salle Marcel Oms. Juste avant le fermeture des portes, Maxime Taffanel, membre du collectif Colette, a joué l’histoire de Larie, un adolescent épris de natation.
« Je la bois des yeux / Elle me touche / Je frissonne / …» Non, il ne s’agit pas d’une femme, mais de l’eau, où Maxime Taffanel a plongé sa jeunesse, au point, quand il sortait de l’eau, de ne plus savoir marcher. Jeune, il s’entraînait pour devenir champion de natation de haut niveau, subissant toutes les contraintes et la passion de ce sport jusqu’au jour où, encore adolescent, convaincu de ne pas atteindre les sommets, il décida d’arrêter net.
Changement total
il se tourne alors vers le théâtre où il fait longuement ses classes. Avec un père danseur, une mère chorégraphe, la danse aussi n’est pas loin, et peut-être le mime.
Le spectacle, qui s’intitule Cent mètres papillon n’est en rien le simple récit vengeur d’un rêve abandonné. Il s’agit d’une véritable construction théâtrale, impliquant prise de distance, construction d’un texte et d’une gestuelle appropriés à la rencontre avec le public. Certes, on devine bien la longue expérience de nageur, l’invasion de l’effort compétitif, cette sorte d’absolu qui fait qu’on aime l’eau et qu’on en souffre à l’extrême. Mais au bout d’un moment surgit la satire, l’effet comique loin poussé : le coach apparaît. L’homme au chrono, l’«homme chrono», pour qui le nageur, bête de concours, n’est plus qu’un instrument qu’on engueule, manipule, met au défi, pousse dans tous ses retranchements. Moment superbe de vérité à peine forcée. Puis vient le temps de la course elle-même avec la manière dont le champion s’y projette, le déroulé de tous les petits trucs qui doivent aider à gagner, le temps passédans la case de départ où chacun essaie d’impressionner l’autre. Certes, le corps du comédien est mis à rude épreuve mais avec un détachement, une mise en perspective qui fait naître la réflexion.
Spectateur, on a du mal à ne pas bouger, mais on ressent en même temps la belle construction théâtrale, la maîtrise des mots qui la structurent.
On voit ici le créateur d’une œuvre théâtrale, le comédien confirmé quia déjà longuement fait ses preuves. La représentation de Cent mètres papillon était donnée à la salle Marcel Oms où le jeune Maxime avait vu jouer ses parents. Moment émouvant pour lui et pour quelques-uns d’entre nous qui les y avions vus et connus.