Francis Sentis, un combattant infatigable

Francis Sentis, un combattant infatigable

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Résistance et militance. Engagé aux Jeunesses communistes dès sa jeunesse, résistant de la première heure, Francis Sentis fut une figure militante aimée du Parti communiste perpignanais jusqu’à son dernier souffle.

« Sa vie bien remplie fut une vie de résistance et de combats », déclarait son camarade Jacky Pugnet en 2013 lors des obsèques de Francis Sentis qui venait de décéder à l’âge de 90 ans. Né en 1923 dans le quartier populaire de Saint-Jacques à Perpignan, Francis est le fils de François Sentis, livreur au dépôt perpignanais des Eaux du Boulou, et de Marie Batlle, ouvrière aux usines de papier à cigarettes Bardou-Job de Perpignan. François et Marie achetèrent une parcelle de terrain au milieu des vignes, à proximité du Hameau de Saint-Gaudérique, où habitait la majeure partie de la famille Sentis. Pendant son temps libre, François y construisit un « casot », afin de protéger des intempéries les outils du jardin. Lorsque Marie, la mère de Francis, décéda de phtisie, le 7 mai 1930, ce casot était devenu une véritable maison à force de travail. Les grands parents paternels de Francis l’élevèrent et l’inscrivirent à l’école de Saint-Gaudérique. Son père se remaria en 1931 avec Augustine Mille, marchande de volaille. À la naissance de leur fille, Jacqueline, François quitta son emploi pour travailler avec sa femme sur son étal au marché. Mais les faibles revenus familiaux l’obligèrent à se faire embaucher comme manutentionnaire et chauffeur chez un épicier en gros. Francis pour sa part fut reçu au concours d’entrée à l’École primaire supérieure de Perpignan en 1936, et obtint son Brevet d’enseignement primaire supérieur ( BEPS) en 1939. L’option choisie, Arts et Métiers, lui permettait de préparer le concours d’entrée à l’École Nationale des Arts et Métiers d’Aix-en-Provence.

Mais son père ayant été mobilisé en 1939, Francis ne put continuer ses études et fut obligé de travailler. Il remplaça son père chez le grossiste en épicerie. Après la démobilisation de ce dernier en 1940, il continua de travailler à ses côtés. Les conditions de travail étaient très difficiles. Bien que cherchant un autre emploi, Francis resta dans la même entreprise jusqu’à ce qu’en septembre 1942 le patron exigeât plus de travail pour le même salaire. D’où une discussion qui s’envenima. François intervint et décida que son fils et lui démissionnaient. Francis s’en alla faire les vendanges à Opoul (Pyrénées-Orientales), où il apprit par un camarade que les Ponts-et-Chaussées recrutaient un dessinateur. Après entretien, il fut admis comme dessinateur auxiliaire à compter du 1er octobre 1942. Sa présence aux Ponts-et-Chaussées fut interrompue par ses activités de résistance mais reprit après la guerre. Il y fit toute sa carrière, y consacrant d’importantes activités militantes et syndicales et y demeura jusqu’à sa retraite.

En 1947, il épousa Marcelle Farines, elle-même militante de l’UJRF. Ils eurent trois enfants, Georges, Henri et Brigitte. Profondément unis, Francis et Marcelle militèrent ensemble tout au long de leur vie et se soutenaient mutuellement.

Francis Sentis en résistance

Francis Sentis (1er à gauche au dernier rang) au milieu des Jeunes communistes
au lendemain du Front Populaire.

Tout en n’étant inscrit dans aucun parti politique François, le père, lisait l’Humanité. Vivant parmi les ouvrières et ouvriers, Francis fut très jeune sensibilisé aux luttes syndicales, notamment au moment du Front Populaire. Il nous l’a raconté dans un récit que nous  avons déjà publié. Ce fut donc très naturellement qu’il rejoignit les Jeunesses communistes en 1938 puis en septembre 1940 le Parti communiste français alors clandestin.

Entré dans la résistance dès l’âge de 17 ans, il s’employa à réorganiser la JC, dont il devint le responsable de région catalane, puis aida, malgré les dangers et la répression, à la formation d’un groupe de Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF) de Perpignan. Trois groupes de trois jeunes furent constitués ; Francis assurait la liaison entre les responsables de chaque groupe. Les tracts ou « papillons », tapés par Francine et Odette Sabaté, lui étaient remis par Jean Gispert pour être diffusés aux trois groupes. Jean Gispert était en contact avec le triangle régional clandestin du PCF et recevait tracts et journaux clandestins. Ce fut aussi pendant cette période, en juin 1941, avant l’occupation de la zone sud par les Allemands que Georges Lamirand, secrétaire général à la Jeunesse du gouvernement de Vichy, vint dans le département  dans le cadre d’une tournée en Languedoc et en Roussillon. Le Parti communiste et la Jeunesse Ouvrière Chrétienne décidèrent de perturber l’assemblée des jeunes prévue au théâtre municipal. Le chahut organisé obligea Lamirand à battre en retraite, mais entraîna une sévère répression qui désorganisa l’organisation clandestine du Parti. Francis fut alors chargé de réorganiser les JC, puis à partir de mai 1942 de prendre en charge le Front patriotique de la jeunesse, organisation de jeunesse du Front national. Le 21 juin 1942, les communistes seuls, puis le 14 juillet 1942, de façon unitaire cette fois, des manifestations importantes se déroulèrent. La répression vichyste frappa de nouveau. L’occupation de la zone sud amena le Parti à solliciter ses cadres pour constituer des groupes FTPF. Francis participa à ce travail, en relation avec son responsable inter-régional Ildefonse Hernandez. Une grande part du travail des jeunes consistait à lutter contre le Service du travail obligatoire. Écrire, taper, ronéoter des tracts, les diffuser au plus près des requis, retarder les trains nécessitait aussi d’avoir un lieu pour se cacher (maquis). Ce travail de distribution de tracts ou de retardement des trains était dangereux pour la sécurité des militants, ainsi en avril 1943, Francis fut convoqué à la Police judiciaire. Interrogé puis relâché, il décida de rejoindre une « planque » dans l’Aveyron et continua de résister dans ce secteur.  

Militant jusqu’à son dernier souffle

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La France libérée, Francis Sentis intégra d’abord, le 22 octobre, le 4e groupement de tabors marocains, et participa aux offensives permettant la libération de Gérardmer (novembre 1944). À cette occasion, il fut cité à l’ordre du jour du bataillon et il conduisit un détachement de la 4301e qui défila devant les généraux de Gaulle et de Lattre de Tassigny. Le 29 novembre 1944, Francis intégra avec son unité le 1er groupement de tabors marocains dans le cadre d’un groupement tactique pour participer à « la bataille des cols et des crêtes », pendant laquelle les températures oscillaient entre moins 20° et moins 30°. Il fut proposé à une citation à l’occasion de la bataille du col de Bramont (3 et 4 décembre 1944). Après la chute de Colmar (9 février 1945), il obtint une permission. Malheureusement, à Collonges-au-Mont-d’Or (Rhône), le train dérailla et Francis fut grièvement blessé. Hospitalisé à Lyon (hôpital Édouard-Herriot) pour y subir huit opérations, de février 1945 à février 1946, il rejoignit ensuite l’hôpital militaire de Toulouse pour y être opéré une dernière fois.

À Toulouse, il milita dans l’Union des jeunesses républicaines de France (UJRF), organisation née de la fusion des Jeunesses communistes et de plusieurs organisations résistantes jeunes. Le 27 septembre 1946, il fut réformé et démobilisé. Ce qui ne l’empêcha pas d’être hospitalisé à plusieurs reprises pour des questions médicales liées à cet accident de train. Cet accident lui provoqua une très sévère surdité qu’il dut subir toute sa vie. Surdité qu’il surmonta avec une force remarquable, et qui ne l’empêcha jamais d’être un militant dévoué, efficace et reconnu comme tel.

Revenu à la vie civile, Francis Sentis resta toute sa vie un grand militant. Ayant débuté comme dessinateur aux Ponts et Chaussées il y travailla jusqu’à la retraite. Il y fut un grand dirigeant syndical et s’employa à y reconstruire un syndicat CGT dont il fut le secrétaire départemental en 1975. Il eut d’importantes fonctions au niveau national et à la mutuelle de l’Equipement. En politique, dès la fin des années 40 et jusque vers 1970, il fut membre du secrétariat de section de Perpignan et du Comité fédéral et du Bureau fédéral des Pyrénées-Orientales. Il fut plusieurs fois candidat aux élections municipales d’abord à Canet, dont il fut la tête de liste en 1977, enfin candidat aux Régionales en 1985. Enfin, malgré son âge et une santé délicate, en raison de sa blessure à la tête, il aida à la mise en place et au développement de l’Amicale des vétérans du PCF dont il assuma la présidence départementale dès avant l’an 2000 et jusqu’à son dernier souffle.

Figure incontournable de l’histoire du PCF dans le département des Pyrénées-Orientales, militant infatigable, doué d’une capacité d’analyse politique remarquable, passeur de mémoire, Francis avait un contact incomparable avec les jeunes qui le lui rendaient bien. Il participa également à l’activité de nombreuses associations : Secours populaire, UNRPA, Eclaireurs de France, puis ANACR dont il fut le secrétaire départemental d’honneur en 2004. Il fut aussi secrétaire du Comité de l’histoire de la Résistance catalane.

Jusqu’au bout, en combattant acharné il était présent dans les manifestations, dans les luttes. Les vicissitudes de la vie, loin de l’abattre, l’avaient renforcé dans ses idéaux. Francis était un homme rare : affable, humble, courtois bien que ferme sur les principes. Empli d’un amour immense envers les siens comme envers ses semblables, il eut toujours une obstination, un courage qui forçaient l’admiration.

Yvette Lucas

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