Fiers de punir

Fiers de punir

Livre. Pas de quoi être fiers, justement…

Les justiciers autoproclamés, qui « violent la loi pour maintenir l’ordre », ne datent pas d’hier. Le lynchage est un phénomène qui renvoie à la préhistoire de la civilisation. Toute une littérature, et le cinéma, comme l’admirable « M le maudit » de Fritz Lang, en traitent comme d’un vieux reste de barbarie sans justification ni avenir. Hélas, des événements récents nous montrent qu’il n’en est rien : à l’étranger d’abord : dénonciation publique de supposés pédophiles en Russie, châtiments humiliants filmés et diffusés sur U-Tube de voleurs présumés un peu partout, mais notamment aux USA, en Australie et en Afrique du Sud. Il s’agit là, explique le sociologue, de spectacles dans lesquels un corps social se reconnait et se rassure. Or les réseaux sociaux ont provoqué une mutation dans la forme de cette barbarie : au spectacle donné devant une foule rassemblée physiquement tend à se substituer la prolifération des actes individuels de discrimination, de menaces voire d’agression physique. Souvent suscité par une dénonciation invérifiable, le lynchage s’est disséminé dans l’espace et étalé dans le temps.

L’approche de Gilles Favarel-Garrigue est sociologique : il suggère que dans des sociétés disloquées, la recherche des boucs-émissaires se fait par les médiations nouvelles et les relatives garanties d’anonymat qu’offrent les réseaux sociaux : dématérialisation de la foule.

On pourrait compléter la démarche par une approche psychologique de la « fierté de punir » : cette volonté de salir et de calomnier sous couvert de libération de la parole, prend presque toujours pour objet des femmes et des hommes appartenant à des segments minoritaires de la société (minorités ethniques et culturelles, LGBT…) mais en réussite sociale et sentimentale, et qu’elle est le fait de personnes en échec de ce côté-là. Pas besoin d’avoir lu Nietzsche pour savoir que la haine de l’autre est d’abord une haine de soi.

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