Festival Jours de théâtre

Festival Jours de théâtre

En 16 ans d’existence, les jours de théâtre se sont imposés dans le paysage départemental. Du 31 juillet au 4 août les héritiers des ambitions d’Antoine Sarda et de Roger Payrot, ont assuré la relève de main de maître.


Estagel


En 16 ans d’existence, les jours de théâtre se sont imposés dans le paysage départemental. Du 31 juillet au 4 août, les héritiers des ambitions d’Antoine Sarda et de Roger Payrot, ont assuré la relève de main de maître.

Après le traditionnel prélude à Latour-de-France, Estagel a vécu au rythme du festival. Une foule de spectacles gratuits, du cirque et des musiques s’ajoutant au théâtre qui reste la discipline reine de la manifestation.

Du théâtre donc, et du bon, le plus souvent sur les hauteurs de la chapelle Saint Vincent. Le spectateur a beau ne pas être spécialement ménagé-il faut se taper une montée, être assis en plein vent sur des marches en rochers disjoints durs aux postérieurs malgré les coussins-il vient en nombre et en redemande…Magie du théâtre.

Federico Garcia Lorca

Pour commencer, avec une de ses pièces majeures « la maison de Bernarda Alba ». Sur l’espace de la chapelle Saint Vincent, le décor est planté, un mobilier sombre, vaisselier, piano, table, canapé, duquel se dégage une atmosphère lourde et oppressante. C’est jour de deuil dans cette maison du sud de l’Espagne dans les années 30. Le père vient de mourir, la veuve décrète huit années de deuil et enferme ses cinq filles. « Le vent des rues ne doit pas rentrer dans cette maison » sauf que la passion amoureuse va faire voler en éclats une société verrouillée de l’intérieur jusqu’au drame final.

La mise en scène de Yves Beaunesne est efficace, les tableaux vont se dérouler dans un crescendo dramatique où la violence de la situation est portée par des actrices au fait de leur personnage. Les désirs féminins sont au cœur de cette mécanique pour sortir de l’enfermement. Des intermèdes musicaux au violoncelle avec les textes en espagnol apportent les respirations nécessaires au drame en cours. Une très belle proposition des compagnies « de la chose incertaine » et « la première seconde ». Toujours un grand plaisir de retrouver l’écriture et la poésie de Federico Garcia Lorca.

« Assez » de Samuel Beckett par Anne Alvaro

Magie du théâtre, surtout quand Anne Alvaro, seule en scène, dit Assez, un texte méconnu et énigmatique de Beckett. Il n’y a qu’une actrice de ce calibre pour fasciner un public qui, tout au long du spectacle, se demande de quoi il s’agit, histoire d’emprise ? D’inceste ? Un couple ? Sans doute, mais de quels sexes ? De quels âges ? Qu’importe, la grande Anne est là, jouant de toutes ses expressions, de tous les registres, immense.

Molière

Revoilà la compagnie provisoire de Julien Guill qui nous avait régalé l’an passé avec Feydeau. Cette fois c’est Molière qui s’y colle. Trois de ses jeunes interprètes nous font le plaisir de retraverser les premières farces et les comédies en un acte de leur chef de troupe. Et ils plongent sans filet dans la critique acerbe et violente de leurs contemporains. Une traversée jubilatoire dans l’écriture de Molière, une écriture de plateau qui fait mouche à tous les coups, un théâtre de tréteaux pour les places de village.

Soyons sauvages

La compagnie Jupon a proposé dans l’espace Antoine Sarda, récemment rénové, un acroconcert libre et impulsif. Musiciens et acrobates ont investi l’espace dans un moment festif sur ce que notre humanité fait de nous. Franchir la lisière c’est renouer avec notre part d’enfance, notre part animale, notre nature sauvage et spontanée…

Iliade

On a aussi suivi Iliade dans la mise en scène de Pauline Bayle, directrice du Théâtre Public de Montreuil. Alors là, un coup au plexus. Une troupe de cinq comédiennes et comédiens qui jouent le double (ou le triple) de personnages, des femmes qui jouent des hommes ou l’inverse, mais aussi des femmes qui jouent des femmes, des hommes pareils. Formidable pied de nez aux théories du genre. L’occasion surtout de réviser la guerre entre Grecs et Troyens, le rôle des dieux, de retrouver Hector, Ulysse, Achille et les autres. Un concentré d’énergie et d’inventivité, pétri d’humour, de dérision joyeuse, mais aussi de gravité face aux éternelles horreurs de la guerre. Comédie, tragédie, le spectacle est total, porté par des comédiens dans une forme olympique.

Nicole Gaspon

Jacques Pumaréda

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