Drôle d’époque

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Livre. Conteur, auteur de spectacles jeune public, poète, Patrick Brisset publie Sur un air de Sacha, un premier roman noir.

Écrivain et poète, Patrick Brisset réalise aussi lui-même les décors et les marionnettes figurines de ses spectacles jeune public. Auteur de récits jeunesse (dont L’aventure de Victor Colvert, paru en 2016), il publie aujourd’hui son premier «roman noir», construit un peu comme une série: chapitres courts faisant progresser l’enquête, style enlevé, efficace, concis et imagé, humour noir, voire décalé…

Une brève «ouverture», façon presque feuilleton du XIXe, dans un style neutre, à la troisième personne, présente l’époque par une adresse directe au lecteur: «nous sommes en 2060, et il s’en est passé de belles depuis le début du siècle […]ne soyez pas étonnés si…»; l’enquêteur et son adjoint ont 150 ans à eux deux, pensions de retraites faibles, privatisation,… un monde comme le nôtre, juste (encore) plus déglingué, glauque et laid: lotissements ou centres urbains paupérisés; le tout décrit ‘naturellement’, au fil de l’intrigue, par petites touches impressionnistes, une dégradation lente et puissante : relents d’un XXe siècle populaire dit de mauvais goût (formica & Cie), délice aujourd’hui des amateurs de vintage, surnageant dans une fin de XXIe siècle désespérante. Une fois le lecteur prévenu, le récit est mené, à la première personne, par Loïc Larchange, vieil enquêteur, antihéros s’il en est, au verbe alerte et fleuri, à la gouaille oscillant, comme son monde, entre tournures, coutumes, références et clins d’œil au XXe et «cool attitude» très actuelle. Tout ça est triste, mais on rit, ou sourit,à écouter le récit de ce flic lucide et naïf, froid et humain, désabusé, mélancolique, pathétique et burlesque, mélange de Maigret et Harold Lloyd, Bouvard et Pécuchet sur fond de personnages Pieds Nickelés d’une époque môche.

L’intrigue nous mène, au fil de deux fausses pistes, vers un rebondissement final tiré d’un chapeau de magicien, mais cohérente avec le tout, ce monde où «les victimes ne sont que des pions, mais qui pour adhérer totalement au système dans lequel elles prospèrent, sont autant responsables que les pontes cyniques qui l’organisent et dont on ne voit jamais le visage»… Ça ne vous rappelle rien…?

Sur un air de Sacha, L’Harmattan, 2020, 14€

Clément Riot

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