Des films pour les droits humains

Des films pour les droits humains

Dans le cadre du festival de cinéma d’Amnesty International, étaient projetés en avant-première, Le bleu du caftan et Chili 1976, deux films dus à des réalisatrices féminines.

Cinéma

Dans le cadre du festival de cinéma d’Amnesty International, étaient projetés en avant-première, Le bleu du caftan et Chili 1976, deux films dus à des réalisatrices féminines.

Le bleu du caftan

Venu du Maroc, ce film, signé Maryam Touzani, aborde la question de l’homosexualité et, comment, dans un pays comme le Maroc, elle est difficile à vivre, à assumer. Il met en scène trois personnages, Halim, Mina, sa femme, et Youssef, jeune apprenti. Halim est expert dans la confection du caftan, vêtement traditionnel de fête. Un art en voie de disparition qu’il enseigne à Youssef. Halim toute sa vie a « étouffé son homosexualité » bien que sa femme, Mina, connaisse son secret. La maladie de Mina va conduire chacun des trois personnages à se révéler. Superbement filmé et interprété, multipliant les gros plans sur les visages et les corps, sur les tissus chatoyants, Le bleu du caftan n’évite pas une certaine lenteur. Il n’en reste pas moins une réalisation originale à vraie portée sociétale. Lubna Azabal est formidable dans le rôle de Mina, si forte et si fragile.

Chili 1976

De la réalisatrice chilienne Manuela Martelli, ce film aborde la dictature de Pinochet à travers le regard d’une femme que rien ne destinait à s’engager. Carmen fait partie de la bourgeoisie. Mari médecin, résidence secondaire en bord de mer, elle perçoit de loin les horreurs du régime. À la demande du prêtre de la station balnéaire où elle vient en vacances, Carmen est amenée à soigner un jeune homme qui se cache, dont on comprend vite qu’il n’est pas « juste un voyou ». Ce sera pour cette femme, avec la découverte de la solidarité, de l’engagement, mais aussi de la peur,  une sacrée prise de conscience, un basculement. La caméra sensible de Manuela Martelli suit au plus près les émotions et la détermination croissante de l’héroïne (formidable Aline Küppenheim) entre la sécurité de sa villa et la cachette du jeune homme, ses longs trajets en voiture, l’apprentissage de la clandestinité. La tension est constante. Carmen est désormais en décalage, comme lors d’une sortie en bateau avec des collègues de son mari qui se régalent de casser du rouge, où elle est prise de vomissements, mais ce n’est pas le mal de mer… Un film superbe et nécessaire, à ne pas manquer dès sa sortie.

Question à propos du flyer de promotion de Chili 1976

Ce flyer, disponible à l’accueil du cinéma Castillet, estampillé Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2022, présente le film Chili 1976. Il comporte une interview de la réalisatrice, mais aussi un petit texte d’une certaine Emeline Vanthuyne, agrégée d’histoire. Ce texte qui traite du coup d’État qui, en 1973, a instauré la dictature de Pinochet, est proprement scandaleux. On y lit notamment : « Les difficultés économiques du pays et la montée du mécontentement face à cette tentative de révolution sociale (elle parle du gouvernement d’unité populaire démocratiquement élu !) rendent possible l’éventualité d’un coup d’État. » Ils l’auraient bien cherché, en somme ! Pas un mot sur le rôle de l’armée, des USA, de la CIA ; et peu de choses sur les assassinats, tortures et exactions. Révoltant !

Nicole Gaspon

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