Défaite cinglante du parti d’Erdogan aux élections municipales

Défaite cinglante du parti d’Erdogan aux élections municipales

Les élections locales constituent une défaite pour le président turc et sa formation de l’AKP. Le parti kémaliste CHP devient la première organisation du pays et l’emporte dans les grandes villes.

Turquie

Les élections locales constituent une défaite pour le président turc et sa formation de l’AKP. Le parti kémaliste CHP devient la première organisation du pays et l’emporte dans les grandes villes. La figure d’Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et candidat du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, se détache en vue de la présidentielle de 2028. Recep Tayyip Erdogan est sonné. À la veille des élections municipales, le président turc savait que le mécontentement était fort dans le pays, au point d’avoir lui-même « mouillé la chemise », surtout dans les quartiers d’Istanbul, la ville emblématique de Turquie qui lui avait servi de tremplin vers le pouvoir il y a de cela plusieurs décennies. Sonné, oui, mais pas encore KO. Le président turc a d’ailleurs pris la mesure de la défaite, préférant parler d’un « tournant ».

Le CHP à la tête des plus grandes villes

Le résultat est implacable. À Ankara et Istanbul, les capitales politiques et économiques que le pouvoir avait perdues en 2019, la victoire de l’opposition a pris de court les observateurs par son ampleur, considérée comme inédite depuis 1977 et qui redessine la géographie électorale du pays. Istanbul, Ankara, Izmir, Adana, Antalya, Bursa… le Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste, social-démocrate), qui avait été assommé par la défaite de son candidat à la présidentielle de mai 2023, a fait carton plein dans les plus grandes villes du pays. Le parti considéré comme pro-kurde DEM s’assure une confortable avance dans plusieurs grandes villes du sud-est à majorité kurde, dont Diyarbakir. De nombreuses fraudes ont néanmoins été signalées par les représentants du DEM dans ces zones.

Les problèmes économiques ont pesé sur le scrutin

Didier Billion, chercheur à l’Iris estime que « ce résultat n’est pas une surprise. Erdogan avait promis de résoudre les problèmes économiques lorsqu’il a été réélu président il y a près d’un an, il ne l’a pas fait. L’inflation tourne toujours autour de 65 %. Les fins de mois sont difficiles pour les classes populaires et moyennes. C’est un élément qui a beaucoup joué ». 

« Le parti kémaliste apparaît comme le pivot de l’opposition, désormais incontesté et incarné par le maire d’Istanbul sortant et bien réélu », constate Didier Billion. Ce qui s’est passé dimanche est bien « une nouvelle séquence de la vie politique turque », estime-t-il, tout en considérant comme nécessaire de « garder la tête froide », car « si une nouvelle page s’ouvre, celle-ci est blanche. Il va donc falloir l’écrire ».

Roger Rio

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