Dangers multiples à l’université

Dangers multiples à l’université

(c) Delgé.

Loi LPPR. Le gouvernement s’apprête, dans cette période trouble, à faire voter une loi fondamentale porteuse de graves dangers pour l’avenir de la recherche publique et de l’enseignement.

Réunis en assemblée générale en date du 11 février 2020, personnels et étudiant-e-s de l’université de Perpignan Via Domitia (UPVD) prenaient position contre la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), témoignant ainsi leur solidarité à une mobilisation plus générale de la communauté universitaire dans son ensemble (25 000 manifestants à Paris contre la loi le 5 mars) contre une libéralisation et une précarisation accrue du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Une précarité déjà existante, promise, par la loi, à l’aggravation

Le salaire moyen, en France, des enseignants chercheurs atteint seulement 63% de la moyenne européenne.
De 2012 à 2018 l’ensemble des effectifs encadrant l’enseignement et la recherche a baissé significativement, alors que les effectifs étudiants augmentaient de 14 %. La dégradation continue des conditions de travail, d’enseignement et de recherche, sont, d’après l’ensemble des acteurs, les conséquences directes des sous-effectifs structurels des emplois statutaires et du recours massif aux vacataires précarisés. D’après Gilles Martinet, chercheur et membre du collectif interuniversitaire, « une majorité de chercheurs finissent leur thèse en percevant le chômage ou en touchant le RSA ». Les petites universités, structurellement sous dotées et éloignées des centres de décisions, comme l’université de Perpignan, ne pourront pas concurrencer les « pôles d’excellence » bénéficiant, eux, de hausse des dotations. L’annonce de la ministre, Frédérique Vidal, à grands renforts de publicité, d’une amélioration sans précédent des revenus et des moyens se trouve fortement contestée par la communauté universitaire, le Conseil national des universités (CNU) et par le Cese (Conseil économique et social). Pourtant, elle continue.

Appel à projets, recrutements locaux, délit d’entrave, accueil du privé…

« On combat ce projet parce qu’on l’a immédiatement interprété comme une loi pour la privatisation et la précarisation de la recherche », précise ainsi Gilles Martinet. Des mesures, dans cette loi, poussent en effet aux partenariats public-privé, « mais poussent plutôt au transfert des résultats de la recherche publique vers le privé pour des recherches immédiates de bénéfices ».
Il y a ensuite la question du recrutement et de la validation nationale des compétences des enseignants chercheurs. Un amendement soutenu par le gouvernement et adopté dans la nuit du 28 au 29 octobre 2020, sans aucune concertation avec le Conseil national des université (CNU) porte ainsi atteinte à la qualité des recrutements en dérogeant à la procédure de qualification nationale des enseignants-chercheurs par le CNU. L’égalité et la garantie nationale ne seront plus de mise. Le financement pérenne de la recherche française sera gravement atteint par le financement exclusif « par projets » de l’Agence nationale de la recherche (ANR). Enfin, la création d’un délit d’entrave ( trois ans de prison et 4 000 euros d’amende, pour manifestations intra-muros et occupations) remet en cause la tradition séculaire des franchises universitaires pour les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les différentes interprétations possibles de l’amendement constituent un risque d’atteinte à la liberté d’expression et une pénalisation dangereuse du champ éducatif


Martine Grisenti, Michel Marc

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