Crise agricole : changer le système ?

Crise agricole : changer le système ?

Nul doute que les images d’un président de la République copieusement hué par des paysans enflammés, protégé par des nuées de CRS dans les allées du salon de l’agriculture, vont faire date. Visiblement la stratégie de la mesurette et des belles déclarations a fait long feu. Par-delà l’extrême hétérogénéité du monde agricole, par-delà les revendications souvent contradictoires exprimées depuis des semaines par les divers syndicats, Emmanuel Macron n’a pas pu éluder le dénominateur commun de la colère paysanne, la question cruciale du revenu des agriculteurs...

Édito 4012 – René Granmont

Nul doute que les images d’un président de la République copieusement hué par des paysans enflammés, protégé par des nuées de CRS dans les allées du salon de l’agriculture, vont faire date. Visiblement la stratégie de la mesurette et des belles déclarations a fait long feu. Par-delà l’extrême hétérogénéité du monde agricole, par-delà les revendications souvent contradictoires exprimées depuis des semaines par les divers syndicats, Emmanuel Macron n’a pas pu éluder le dénominateur commun de la colère paysanne, la question cruciale du revenu des agriculteurs.

Face à leur exaspération, le chef de l’État a dû lâcher l’idée d’établir des prix planchers filière par filière. Un revirement soudain quand on se souvient que son ministre de l’Agriculture jugeait, il y a quelques jours, cette mesure « démagogique ». Rappelons que dès 2013, le député communiste André Chassaigne avait déposé une proposition de loi allant dans ce sens, proposition reprise en novembre dernier et rejetée en bloc par le camp macroniste.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron n’est pas entré dans les détails car il sait que les prix planchers vont totalement à l’encontre de ses choix politiques et ceux de ses alliés européens. On peut donc craindre que cette promesse ne soit qu’une promesse en l’air, car, fidèle à l’« en même temps » macronien, les eurodéputés de son camp ont voté deux accords de libre-échange avec le Kenya et le Chili, accords qui intensifient la compétition internationale, tirent les prix vers le bas et empêchent de mettre en œuvre des politiques de régulations stables.

Cette duplicité présidentielle est du pain béni pour l’extrême droite qui surfe sur la souffrance d’une profession exsangue… en opposant écologie et agriculture, monde rural et monde urbain, alimentant ainsi des antagonismes qui n’existent pas. Mais surtout, en passant sous silence ses votes parlementaires comme son vote, avec ses amis eurodéputés du RN, en faveur de la PAC 2023-2027. Comme le soulignait un éleveur de la Haute-Vienne, « ils suivent exactement les mêmes politiques libérales que le groupe macroniste et les LR ».

Plus profondément, l’agriculture française est malade de son insertion dans un capitalisme mondialisé, la matière première agricole étant considéré comme une marchandise comme une autre devant alimenter les profits des grandes multinationales. Il ne suffira donc pas de quelques sparadraps pour calmer la colère. C’est tout le système qu’il faut transformer au nom de l’intérêt général et de la nature. Il nécessite un grand débat démocratique associant paysans, consommateurs, chercheurs, élus locaux, coopératives, salariés des industries agroalimentaires, pour construire un projet mariant rémunération correcte du travail, préservation de l’environnement et droit à l’alimentation. 

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