Crimes impunis

Crimes impunis

Le film Waan Yaat évoque l’assassinat d’indépendantistes Kanaks en 1984, tragédie dont l’écho résonne encore aujourd’hui.

Documentaire

Le film Waan Yaat évoque l’assassinat d’indépendantistes Kanaks en 1984, tragédie dont l’écho résonne encore aujourd’hui.

Samedi dernier le cinéma Castillet était le théâtre d’une initiative de solidarité avec le peuple Kanak. Au programme un film documentaire signé Emmanuel Desbouiges et Dorothée Tromparent (2022) : Waan Yaat, Sur une terre de la République française. Avant la projection, des représentants du peuple kanak, respectant leur coutume, ont offert un moment de danses et de chants.

Le film retrace un épisode sanglant de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Le 5 décembre 1984, à Waan Yaat, dans la vallée de Hienghène, des militants kanak indépendantistes sont victimes d’une embuscade. C’est un carnage, dix morts, cinq blessés graves. Deux des frères de Jean-Marie Tjibaou ainsi que ses neveux et ses cousins perdent la vie. Les assassins ? Leurs voisins, des petits propriétaires, descendants de colons terrifiés à l’idée d’être chassés de leurs terres. Ils se rendront, deux procès se tiendront, un non-lieu lors du premier, un acquittement lors du second au nom de la « légitime défense préventive ! »

Entre images d’archives, entretiens des victimes et d’un des assassins à différentes époques, le film jette une lumière crue sur ce déni de justice, sur le mépris, les souffrances d’un peuple colonisé. On se souviendra notamment des propos pénétrants de Jacques Roux, avocat des victimes, déclarant que « la justice française s’est déshonorée. »

Lors du débat il a été souligné que cet épisode tragique a été suivi d’une longue suite de tragédies, on se souvient de la grotte d’Houvéa. Ce que la récente actualité, malheureusement, vient de confirmer. « La douloureuse mémoire revient » a noté un intervenant. En 2024, neuf morts, 600 entreprises détruites, une jeunesse abandonnée…Et l’irresponsabilité de Macron…

Moment fort, les participants à la rencontre ont pu dialoguer avec Emmanuel Tjibaou par WhatsApp (il a été élu député le lendemain). D’un immense charisme, le leader indépendantiste ne cesse de prôner la non-violence et le dialogue dans le long combat vers l’indépendance.

La soirée se concluait en chansons par le groupe de Kanaks.

Nicole Gaspon

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