Chanson pour ces enfants qui souffrent

Chanson pour ces enfants qui souffrent

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Lucie nous rappelle humblement que la culture existe aussi pour nous faire prendre conscience
d’un monde que nous ne voulons pas regarder.

Musique engagée. Lucie Chillon, une artiste aux multiples talents, écrit pour les migrants.

Lucie Chillon, musicienne, chanteuse, auteure et compositrice nous livre sa chanson : La Marche. La thématique ? Les migrants. Encore ? Oui encore. A l’écoute de ce texte, elle pourrait nous parler des colonnes de réfugiés espagnols, des réfugiés du Rwanda, des camps ou des actuels migrants de Syrie, ou que sais-je encore. Elle nous rappelle le déchirement de quitter un pays, la souffrance des familles déracinées, du regard des enfants dont l’enfance est amputée. Au son d’une guitare et de quelques arpèges, elle nous fait entendre la force et la difficulté de ces êtres humains malmenés, rejetés où qu’ils regardent, quoi qu’ils fassent. L’Histoire ne nous apprend-elle rien ? A l’heure où nous condamnons des dictatures, que faisons-nous pour eux ? Eux ces êtres humains, ces enfants, « ces petits anges qui marchent sur ce chemin bien Étrange » ? 

Comment pouvons-nous dormir paisiblement quand on sait que chaque jour des centaines de personnes meurent sur ce chemin bien étrange ? C’est un aller sans retour dont il s’agit comme l’écrivait Juliette. Quand arrêterons-nous d’avoir peur d’accueillir des réfugiés et de tendre la main ? Quand arrêterons-nous de faire des cérémonies de célébrations du souvenir au lieu d’aider et d’agir sur le moment ? Quand arrêterons-nous de détourner le regard ? 

Au-delà d’une artiste engagée comme se plaisent à catégoriser certaines gens, Lucie nous rappelle humblement que la culture existe aussi pour nous faire prendre conscience d’un monde que nous ne voulons pas regarder. Si la culture n’est pas essentielle à la survie physiologique de l’homme, l’art est essentiel pour la conscience collective. 

Anne Guichet

La marche

Le vent qui souffle dehors sur les figures décharnées de parents fatigués, semble les freiner encore.
Ces enfants en errance, le regard noyé par tant d’atrocité, ne croient plus à la chance.
Ils marchent.
Et quand vient le soir, n’importe où, l’obscurité dérange ces petites têtes d’anges car elle est synonyme de coups, de frappes.
Et toi, dans tes draps de coton tu ignores tout du bruit, de l’angoisse de la nuit et tu dors pour de bon, tandis qu’ils marchent.
Et quand ils rêvent, eux, c’est sous les cris qu’ils marchent.
Avant, ici aussi c’était la guerre et les hommes devenus grands l’ont alors envoyée se faire lanlaire. 
C’était un autre temps.
C’était… y a pas si longtemps.
Et ces gens-là depuis ne marchent plus, nous dit le petit homme la voix pleine de mystère et boule de gomme.
Leurs yeux pleins de vieillesse vous fixent d’un jaune ardant.
Leurs paroles sont des marelles où s’entremêlent corps et ciment.
Vivants !
Entre deux morts… celle du ciel et du sol, ils racontent vouloir faire médecine, s’ils s’en sortent, s’ils ont du bol.
Ils marchent, tête en l’air, en laissant derrière eux ceux qui restent : la maîtresse, l’infirmière, les copains, les guerrières, leurs rêves d’aujourd’hui et d’hier, sous les décombres, cendres antiques d’un spectacle étatique où on entend en écho les cliquetis froids de mon monde.
C’est un chemin bien étrange où marchent des petits anges.
Un chemin bien étrange…
où marchent des petits anges.

C’est un chemin bien étrange
Où marchent des petits anges.

Lucie Chillon

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