Centenaire du Parti Communiste. Histoires de militants : Fernand Cortale (1907-1981) – Gravas dans la Résistance.

Centenaire du Parti Communiste. Histoires de militants : Fernand Cortale (1907-1981) – Gravas dans la Résistance.

Biographies. Fernand Cortale, séduit par les idées de la Révolution Française et de la Commune milita dès sa jeunesse et participa activement à la Résistance militaire (FTPF) dès 1942.

Né à Canet, Fernand Cortale, fils de paysans, y passa toute son enfance, marqué par l’influence de son instituteur qui admirait la Révolution française et la Commune de Paris. Acquis aux idées de gauche, il fit un apprentissage dans l’industrie du bois avant son service militaire. Il travailla d’abord comme ouvrier du bois, puis comme représentant de commerce dans l’ameublement et fonda plus tard un commerce de meubles à Perpignan. Après les événements de février 1934 il adhéra à la SFIO, et fut rapidement séduit par la gauche révolutionnaire, suivant Joseph Rous qui fit dissidence et provoqua une scission dans le parti socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales. Il adhéra alors au PSOP (Parti Socialiste ouvrier et paysan créé par Marceau Pivert) mais fut assez vite attiré par le Parti Communiste.

Engagé en résistance dès 1942

En 1942, avec deux autres anciens « pivertistes » il demanda à intégrer le Parti communiste clandestin. En 1942 on leur confia la mise en route du groupe départemental des FTPF, Cortale (Lapeyre, puis Gravas dans la clandestinité) devenant alors commissaire technique régional de FTPF dans les Pyrénées-Orientales. Participant d’abord à l’action en direction de la jeunesse scolarisée puis à un groupe, dit groupe du Lycée, qui fit exploser des bombes et provoqua des déraillements de trains. D’autres actions de sabotage eurent lieu grâce à l’aide des mineurs du Conflent qui leur procurèrent de la dynamite. Sa tête mise à prix début 1944, Cortale -Gravas- passa d’abord dans l’Aude puis très rapidement à Toulouse où il devint responsable départemental des FTPF de la Haute-Garonne. Sous sa direction, les FTP toulousains entreprirent diverses actions : destruction de convois allemands, de pylônes de lignes à haute tension et ils provoquèrent sept déraillements de trains en un mois. Fernand Cortale participa à l’organisation militaire de l’insurrection de Toulouse (dont la date fut fixée le 16 août 1944) avec Ravanel, le responsable régional des FFI. Après la Libération de Toulouse, Fernand Cortale devint responsable des FFI de la Haute-Garonne. Il succéda à ce poste à Jean-Pierre Vernant. Rapidement intégré dans l’armée régulière, il fut promu au grade de lieutenant-colonel : on lui confia la responsabilité de la subdivision militaire de l’Ariège. On l’envoya ensuite à Castres (Tarn) suivre des cours dans une école pour officiers supérieurs. Mais ce stage fut rapidement suspendu et il fut démobilisé et versé dans le cadre de réserve sans qu’aucune explication ne lui ait été fournie (12 mars 1946). En fait, son appartenance au PCF le rendait suspect aux autorités militaires.

Militant au Parti communiste, dirigeant fédéral et élu

Revenu à la vie civile il s’installa à Toulouse où il résida jusqu’au début de 1947, étant alors secrétaire de la section Toulouse Nord du PCF. Il rentra ensuite à Perpignan où il reprit son magasin de meubles du Boulevard Clémenceau, Mobilia. Peu de temps après il devint membre du secrétariat de la Fédération départementale du PCF, chargé de l’organisation, demeurant dans cette fonction jusqu’en 1953. Il fut conseiller municipal de Perpignan de 1947 à 1959 (municipalités à direction SFIO de Félix Mercader et Félix Depardon). Il fut à trois reprises candidat du PCF aux élections sénatoriales dans les Pyrénées-Orientales (1952, 1958, 1965). En dépit du fait que le PCF soit devenu, après la Libération, le parti le plus important des Pyrénées-Orientales, il ne fut jamais élu sénateur. Il fut suppléant d’André Tourné, élu du PCF aux élections législatives de novembre 1962, dans la circonscription de Perpignan-Prades et le demeura jusqu’en mars 1967.

En 1962 l’OAS plastique son magasin

Entre temps la guerre d’Algérie, contre laquelle les communistes du département se battirent avec beaucoup d’âpreté, s’était terminée, ses derniers moments provoquant l’apparition de l’OAS violemment opposée aux accords d’Evian et à la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie. Après avoir semé la terreur en Algérie l’OAS déclencha en France une série d’attentats dont l’un eu lieu notamment à Paris au domicile d’André Malraux. L’OAS était aussi particulièrement déchaînée dans les Pyrénées-Orientales, envoyant par exemple une lettre le condamnant à mort à M.René Conte, trésorier fédéral de l’UNR (le parti gaulliste de l’époque). Et c’est ainsi que le magasin de Fernand Cortale fut plastiqué le 1er mars 1962 vers 23h15. Claude Cortale, le fils de Fernand, alors âgé d’une trentaine d’années raconte : « Je revenais d’une réunion. J’arrive chez moi, rue Neuve à côté de la rue des Augustins. J’enlève la manche de mon pardessus et j’entends « Boum ». Les explosions, c’était pas nouveau. J’étais sensibilisé. J’ai remis mon pardessus en disant à ma femme « celle-là elle est pour moi ». Je ne sais pas pourquoi, je l’avais senti. J’arrive au magasin Boulevard Clémenceau dix minutes plus tard. Il y avait un attroupement de quelques dizaines de personnes. La première chose que j’ai faite c’est de leur dire que ce magasin avait déjà été spolié pendant la guerre. Mon père, Fernand Cortale, avait été résistant à l’époque. En quelque sorte, cela recommençait. Il aurait pu y avoir des morts. Cela a explosé entre 11 heures et minuit, à l’heure où les gens sortaient des cinémas. Il y a eu une enquête, on n’a jamais su le résultat. Il y a eu des manifs. Elles s’organisaient pratiquement de manière systématique. A 18h30, après le travail, le lendemain même des explosions. C’était quand même une situation tendue ».

Fernand Cortale a continué sa vie entière à militer dans les rangs du PCF. Atteint d’un cancer, il est mort à Perpignan le 4 février 1981.

Yvette Lucas

Fac-simile de l’ordre d’insurrection donné aux FTPF à Toulouse par Gravas le 15 août 1944

Ordre d’intervention de Gravas le 15 août 1944 à Toulouse
FFI
FTPE
III SUBDIVISION
REGION IV
ORDRE D’OPERATIONS
LIBERATION DU TERRITOIRE
Nous devons libérer le pays.
En chassant le boche de notre sol, en arrêtant ou supprimant tous les collaborateurs, les miliciens, les valets de Vichy, traîtres à la patrie, en donnant le pouvoir aux comités locaux ou départementaux de la libération, seuls représentants qualifiés du peuple français et gouvernement provisoire de la république française.
LA LIBERATION NATIONALE EST INSEPARABLE DE L’INSURRECTION NATIONALE nous a dit le Général De Gaulle.
La 340 1ère compagnie devra à la réception du présent ordre marcher en direction de Toulouse en libérant au passage toutes les localités : savoir : Montsejour, St Gaudens, St Martory Boussens Cazères Muret, etc… et en entraînant au passage tous les hommes en état de porter les armes qui devront également s’armer par tous les moyens en leur pouvoir.
Chasser l’ennemi de toute la région, chasser, anéantir les collaborateurs et mettre en place dans toutes les localités des administrations désignées par les comités locaux ou départementaux de la libération (délégués E N, partis politiques, CGT, mouvements de résistance.
Pour les milices patriotiques, pendant que les E T P E et les FFI attaqueront les forces ennemies, elles devront les appuyer par tous les moyens, s’opposer à tout retour offensif de l’ennemi, par les sabotages des voies ferrées, des routes (en creusant des tranchées) des téléphones, etc.. et s’emparer localement de tous les organismes de direction (postes, gares, mairies, préfecture etc..) continuer la mobilisation de toutes les forces possibles de la région, les armer au maximum avec toutes les armes récupérées.
La 340 1ère compagnie assurera avec l’état major régional une liaison quotidienne et permanente. Cette liaison se fera tous les jours devant la gare de Cazères (à côté de Boussens).
L’envoyé de la Cie aura : blague tabac à la bouche.
Feuille papier cigare.
Mon envoyé lui demandera : la route de Boussens.
L’envoyé de la compagnie répondra : en marchant à 4 approche.
En opération, le 15 août 1944.
GRAVAS

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