
Capituler or not capituler ?

Le monde du spectacle est isolé. Les compagnies de théâtre ont du mal à se projeter.
Covid-19. Avec ce deuxième confinement les compagnies de théâtre professionnelles du département sont en danger.
Dans le TC n° 3856 l’accent avait été mis sur les inquiétudes et la grande précarité des intermittents du spectacle renforcées par ce deuxième confinement. Aujourd’hui, le regard se porte sur les compagnies professionnelles de théâtre. Depuis le mois de mars dernier ces structures fonctionnent au ralenti. Arrêt total entre mars et juin, faible ou absence de diffusion cet été. Même si, toutes reconnaissent que les institutions reportent les représentations à l’automne-hiver, il y a beaucoup d’annulations. En septembre, les compagnies reprennent leurs activités de création et d’actions culturelles en intervenant en milieu scolaire ou en ateliers privés. Le 28 octobre, la sentence tombe, elle est sans appel : les représentations sont interdites, les ateliers ferment, les interventions dans les établissements scolaires sont possibles pour certains, annulées pour d’autres. Pourquoi, comment, personne ne sait ni ne comprend. Une seule certitude : leur situation financière est instable, ils ne pourront pas tous faire front. Comment poursuivre une création, payer des intermittents, le loyer d’un local, quand les caisses se vident, et qu’il n’y a plus de recette ? Si pour beaucoup la stupeur a qualifié le premier confinement, elle laisse la place à une inquiétude encore plus forte aujourd’hui. Personne ne se décourage, certains spectacles sont prêts, ils résistent.
Jouer, partager : un essentiel remis en cause
En avril dernier on leur demandait de savoir se réinventer. La réponse a été sans demi- mesure. « On n’a attendu personne pour le faire ! » répond en riant Amnésik Théâtre, « Se réinventer c’est notre métier ! » déclare le Théâtre du Gecko. Certains ont pensé mettre en place des stratagèmes pour jouer, en occupant l’espace public, mais à présent c’est impossible. « On nous propose de filmer des pièces », raconte la Cie Encima, « pourquoi pas ! Mais avec quels moyens et comment ? ». « Le théâtre est un art vivant, basé sur le partage entre des comédiens et le public » rappelle le Théâtre de la Corneille, tout est dit. Une compagnie est une entreprise constituée d’intermittents du spectacle et leurs perspectives d’avenir sont en berne. « Le report des représentations, les fermetures des salles de spectacle et l’interdiction d’accueillir du public, vont provoquer une sorte d’embouteillage dans la diffusion générale et la création de nouveaux spectacles » explique La compagnie les Trigonelles. « La situation actuelle aura un impact sur les deux prochaines années. » dit Tropuscule théâtre. Comment peuvent-elles se projeter et poursuivre la création en l’absence de toute visibilité ?
Au sortir de ces rencontres avec les compagnies, se dégage une volonté commune de continuer le métier. Elles l’ont choisi, elles ont encore des choses à dire, à exprimer, à transmettre. Aujourd’hui, si certaines peuvent sortir la tête de l’eau grâce aux soutiens des institutions, d’autres risquent de mourir. Elles ont besoin d’un engagement de toutes les institutions et d’une volonté de politique culturelle forte, pour qu’elles puissent poursuivre leurs missions : donner au public, du rire, des larmes, de l’émotion.
Anne Guichet