
Camp de Rivesaltes.« Objets de mémoires »
Pour son dixième anniversaire, le Mémorial du camp de Rivesaltes présente, l'exposition « Objets de mémoires ». Le TC a rencontré la plasticienne Nicole Bergé une des chevilles ouvrières de cette initiative.

Interview
Pour son dixième anniversaire, le Mémorial du camp de Rivesaltes présente, l’exposition « Objets de mémoires ». Le TC a rencontré la plasticienne Nicole Bergé une des chevilles ouvrières de cette initiative.
Nicole Bergé, vous connaissez parfaitement le camp de Rivesaltes et son histoire. Voilà une vingtaine d’années que vous avez débuté un long travail « d’archéologue de surface » sur le site. Quelle est votre implication dans ces deux expositions ?
La présentation dans le Mémorial de la première exposition Savoir une chose comme l’ayant vue (définition grecque du mot histoire) apporte une lecture supplémentaire à la richesse du travail déjà effectué par les historiens. Un complément indispensable, un peu comme les dessins dans une bande dessinée qui viennent imager et enrichir les propos. Tout le monde n’est pas sensible à la même chose, c’est une façon de rentrer dans le sujet par la trace, elle est une preuve silencieuse.
L’existence de ces objets réveille la curiosité qui est en nous. J’ai voulu que ce travail soit accessible à tous, quelques soient l’âge ou la culture du visiteur, j’ai essayé de raconter la sombre histoire du camp en donnant du sens à ces « reliques ».
Pour la deuxième exposition, j’ai été une sorte de consultante sur le travail citoyen fait par les dix volontaires ; mais c’est surtout Claire Muchir qui les a guidés et amenés en leur laissant une grande liberté à la création originale par la mise en valeur d’archives à travers leur regard citoyen. Elle et Céline Pons leur ont fait une entière confiance !
Comment en êtes-vous venue à engager ces recherches ?
En effectuant la collecte photographique pour le projet du mémorial, je me suis rendue compte qu’il y avait de nombreux objets qui m’ont tout de suite questionnée. Qui les avait utilisés ? Qui étaient les gens qui étaient passés là ?
L’humain a toujours été mon questionnement principal, ensuite, que puis-je faire, moi, que personne n’a jamais fait pour cette histoire, pour donner du sens, pour témoigner et en quelque sorte rendre hommage à chaque personne passée par ce camp. Une sauvegarde mémorielle.
Vous êtes missionnée par le Mémorial pour poursuivre la récolte d’objets. Beaucoup reste à faire ?
En fait, cela concerne d’autres objets que ceux trouvés sur le camp.
Ce sont les objets que les familles peuvent détenir de leurs parents ou grands-parents, des objets du quotidien, ou des objets crées pendant leur enfermement qu’ils souhaiteraient prêter ou donner au Mémorial pour les collections du parcours permanent ou de possibles expositions thématiques.
Propos recueillis par Dominique Gerbault