
Aux sources d’une tragédie mondiale

La République de Weimar. Les programmes d’histoire ne se sont que très peu penchés sur cette période. L’histoire « officielle » se limite à la version choc de la Deuxième Guerre mondiale. Raison de plus pour s’y arrêter.
Weimar se trouve à 1400 Km de Perpignan, dans le Land de Thuringe, autrefois province du sud-est de la RDA, à 10 km du mémorial de Buchenwald. C’est là que fut fondée le 9 novembre 1918, une semaine après l’armistice qui clôtura la Grande Guerre, une république qui portera Hitler au pouvoir en 1933.
Les racines du mal
L’Assemblée nationale constituante allemande, majoritairement composée de conservateurs et de sociaux-démocrates, préféra cette ville à Berlin qui vivait les moments forts d’un souffle révolutionnaire dans la foulée des nouvelles encourageantes de la victoire de la Révolution d’octobre dans la Russie de 1917. L’enjeu était de taille. Les forces conservatrices de l’époque faisaient tout pour empêcher une révolution tant espérée par Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht et Clara Zetkin, grandes figures de l’histoire politique et sociale allemande. Les révolutionnaires spartakistes et communistes vécurent une destinée rappelant le sort des communards français de 1870. Quelques livres se sont penchés sur cette époque qui a vu émerger les bases de l’horreur nazie (Christian Bechler et Horst Moller et quelques autres). Elles corroborent toutes une leçon. Quand un peuple est frustré, humilié, poussé au bout de ses retranchements, il peut être tenté par le pire, avec, dans ce cas, la complicité de ceux qui, en Allemagne comme en France, « préféreront Hitler au Front Populaire », pour reprendre une expression consacrée.
Un livre militant par un militant
Jack Havraneck, militant communiste et syndicaliste, nous offre avec son livre, la République de Weimar, un rafraîchissement de mémoire très utile, préfacé par Robert Clément, président honoraire du département de la Seine-Saint-Denis. Ce n’est pas une thèse d’historien. C’est une compilation heureuse de ces moments forts qui nous donnent envie d’en savoir toujours plus sur les détails de cette période. Et cela nous permet aussi de comprendre que lorsqu’il se passe quelque chose dans un pays, ce n’est pas « un truc chez les autres ». Le monde entier peut être boulversé, comme à cette période où tout a été fait pour enfermer la jeune URSS dans un cordon « sanitaire » de feu. Le but était d’empêcher toute propagation des immenses espoirs que faisait naître ce que les communards n’avaient pu faire aboutir en France, une vraie révolution mettant en pièces le pouvoir d’une bourgeoisie sûre de son fait, faisant régner la terreur sur le monde du travail de l’époque. Sans l’étude de cette période, on ne peut pas vraiment comprendre ce qui se sera passé après, jusqu’à ce que nous vivons aujourd’hui.
Yvon Huet
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