
Aragon, poète d’aujourd’hui

L’éditeur et poète Olivier Barbarant évoquait brillamment une dimension moins connue de Louis Aragon disparu voici 40 ans.
On ne connaît pas très bien, parce qu’on l’a peu ou mal lu, le « dernier » Aragon, celui de la période qui va de 1956 avec Le Roman Inachevé jusqu’au recueil Les adieux, le dernier publié avant sa disparition, le 24 décembre 1982. Et pourtant, c’est un Aragon bien vivant qui écrit et parle pendant toutes ces années, vivant parce qu’en lui « quelque chose gêne encore » et fait du poète , toujours à l’affût d’écritures nouvelles, « un enjeu idéologique ».
C’est de cet Aragon-là que le poète et critique Olivier Barbarant est venu parler la semaine dernière devant le public de l’Université Populaire du Travailleur Catalan. Éditeur des Œuvres poétiques complètes d’Aragon dans la Bibliothèque de la Pléiade, Olivier Barbarant a mis l’accent sur « ce que nous dit Aragon et qui demeure inentendu », à savoir : la complexité du siècle dont il fait récit. Depuis des années, Olivier Barbarant, auteur de l’essai Aragon la mémoire et l’excès aux éditions Champ Vallon, s’applique à lever les malentendus qui brouillent l’image et la réception d’Aragon pour donner à entendre une voix qui questionne le XXe siècle et déploie, dans son écriture, « le tragique de l’histoire ». Ce qui, précisément, fait d’Aragon un poète pour aujourd’hui, un poète dont « les combats peuvent être en- core les nôtres ».
Aragon ne croyait pas « à l’homme abstrait ». Il le voulait de chair et de sang, de plain-pied dans l’histoire, confronté à « la lumière noire » du tragique « jusque dans l’irreprésentable ». Aragon, poète à hauteur d’homme, et qui ne manquait pas de s’interroger, au regard de son engagement communiste : « Qu’est-ce qu’un projet humaniste et progressiste quand l’utopie s’est effondrée » ? Question pour notre temps s’il en est.
Serge Bonnery