
Panorama à gauche
Les échecs de la gauche ont à voir aussi avec la fin de la « menace soviétique » qui avait des vertus modératrices sur les dirigeants du « monde libre » capitaliste.

Analyse. Entre les deux grands courants, réformiste et révolutionnaire, de la gauche traditionnelle, aucune aujourd’hui n’est en position de force ni en France ni en Europe.
La gauche social-démocrate et écologiste au pouvoir a un bilan. En France, entre 1981 et 2017, elle a exercé le pouvoir pendant 20 ans, c’est peu de dire qu’elle a déçu. En Europe, en 2002, les sociaux-démocrates dirigeaient treize des quinze gouvernements de l’Union européenne. Vingt ans plus tard, il n’y en a plus que sept sur vingt-sept. De Blair à Hollande en passant par Clinton, Mitterrand, Craxi, Gonzalès et Schröder, ces noms suscitent souvent un rejet violent. Le PS en France s’est disloqué, une partie s’est accrochée à Macron comme à une bouée de sauvetage. L’autre partie est restée paresseuse face au devoir d’inventaire et incapable de proposer une alternance.
Révoltes citoyennes
Face à ce qu’il faut bien appeler la faillite des partis de gauche de gouvernement, des mouvements sont nés pour exprimer une révolte citoyenne plus radicale. À des degrés divers, Podemos, Syriza, Jeremy Corbyn, Die Linke, Cinq étoiles ou la France Insoumise ont permis des percées électorales fulgurantes mais éphémères. « Ces forces se sont dotées de mouvements plutôt que de partis. Au moment de leur progression elles ont fait l’impasse sur la constitution d’un outil et d’un appareil militant. Elles ont pensé qu’avoir un leader charismatique et une base électorale ça suffisait. Or, c’est l’appareil militant qui permet de durer », souligne Manuel Cervera-Marzal dans Le Populisme de gauche, sociologie de la F.I.
De nouvelles formes de lutte horizontales, inclusives, participatives se sont développées. Des printemps arabes à Occupy Wall Street en passant par Nuit debout, les ZAD et les gilets jaunes, à l’arrivée peu de résultats. La recherche de la « pureté » s’est faite au détriment de l’efficacité. Pas d’organisation, pas de leader, pas d’alliances ni de jeu électoral, l’impuissance pour renverser la table.
Reconquérir les classes populaires
Les échecs de la gauche ont à voir aussi avec la fin de la « menace soviétique » qui avait des vertus modératrices sur les dirigeants du « monde libre » capitaliste. Thomas Piketty reconnaît que « la réduction des inégalités au XXème siècle est très liée à l’existence d’un contre modèle communiste. » La disparition du Parti communiste en Italie en 1991 a laissé les forces progressistes sans boussole. Aujourd’hui le front uni des classes moyennes progressistes et des couches populaires s’est désagrégé. Les classes populaires se sont éloignées de la politique institutionnelle se réfugiant le plus souvent dans l’abstention. C’est une des raisons du choix des communistes de présenter Fabien Roussel pour reconquérir le monde du travail. La triple urgence écologique, sociale, démocratique réclame aujourd’hui un affrontement résolu contre le capitalisme triomphant qui conduit à la destruction de la société et à la fin de l’humanité.
Noam Chomsky situe la question ainsi : « Vous avez deux choix possibles. Vous pouvez dire : je suis pessimiste, rien ne va marcher, je renonce et je garantis ainsi que le pire va advenir. Ou vous pouvez vous saisir des possibilités qui existent, des rayons d’espoir et dire que peut-être on va construire un monde meilleur. En fait, ce n’est pas vraiment un choix. »