Aire des gens du voyage, pas si simple !

Aire des gens du voyage, pas si simple !

(c) P.G.
Le groupe implanté sur l’aire de Cabestany est au cœur d’une polémique.

Par Philippe GALANO et Michel MARC le 18 décembre 2020

Gens du voyage. Suite à l’occupation de l’aire de Cabestany, articles de presse, gestes de solidarité et démarches juridiques ont suscité débats et controverses. Où se situent les responsabilités ? Le Travailleur Catalan a choisi de donner la parole au maire de Cabestany et au responsable du groupe incriminé.

Dans un contexte général tendu, où les opinions d’exclusion et de ségrégation les plus détestables s’affichent de bon cœur, et où, dans le même temps, progressent les idées de solidarité, d’humanité et de justice, l’affaire de l’occupation de l’aire de Cabestany par un groupe de gens du voyage n’échappe pas aux jugements hâtifs. Incontestablement, l’humanitaire percute ici clairement la question juridique et la question politique. Pour informer sur le fond.

Jean Vila, maire de Cabestany

« C’est la responsabilité du préfet de faire respecter la loi »

(c)Loic Robino.
Jean Vila :  » Avec le non-respect de la loi par les communes de plus de 3500 habitants. Il manque des dizaines d’emplacements dans le département. « 

Jean Vila revient sur l’histoire : « J’ai voté la loi Gayssot, la loi SRU (Solidarité Renouvellement Urbain, de 2000). Elle touchait au logement social et à l’obligation faite aux communes d’un parc social suffisant. Elle touchait aussi la question de l’accueil des gens du voyage. Nous avons donc été des premiers, à Cabestany, à organiser une aire d’accueil de vingt places. Financée par l’État à 80% et aidée par la CAF, l’État et les gens du voyage eux-mêmes, qui payaient leur loyer pour le fonctionnement. Et c’est la mairie qui s’en occupait avec un personnel dédié, proche et habitué. Il y avait du lien entre la commune et les groupes accueillis. Et ça se passait bien. Or, depuis 2014, la compétence a été transférée à la communauté urbaine qui, elle-même, a sous-traité l’activité à une entreprise privée. Évidemment, il y a déficit dans les domaines de l’humanité, de la proximité, de l’accompagnement et du soutien. » Puis, il poursuit : « L’autre problème, qui n’est pas le moindre, c’est le non-respect de la loi par les communes de plus de 3500 habitants. Il manque des dizaines d’emplacements dans le département. Et ça, c’est la responsabilité du préfet, de l’État, de faire respecter la loi. Depuis des années, ils ne le font pas. Nous devons exiger qu’ils le fassent ».
« Ce groupe fait du mal à la communauté des gens du voyage »

Accusé de beaucoup dégrader les aires sur lesquelles il stationne, de mal se comporter, de salir et de ne pas payer son « loyer », le groupe bien identifié, implanté sur l’aire de Cabestany se trouve finalement au cœur de la polémique. Le maire et conseiller communautaire s’explique : « Je confirme. Leur comportement n’est pas acceptable, parfois dangereux. Si des plaintes ont été portées, après constats, ce n’est pas pour rien. On ne l’invente pas. Non paiements, branchements illégaux d’eau et d’électricité, destructions d’infrastructures. Plusieurs centaines de milliers d’euros de réparations sont nécessaires à la remise en état. C’est malheureux à dire, mais ce groupe fait du mal à tous les autres, et je le regrette. »

Propos recueillis par Michel Marc

« Nous, on veut vivre dignement ! » explique le chef du camp

(c) P.G.
Le pasteur Couteau : « En juin, à l’aire de la communauté urbaine, nous avons été mis dehors, parce qu’ils voulaient faire des travaux… soi-disant ! »

Le pasteur Couteau, chef du camp des gens du voyage installé à Cabestany, ne comprend pas l’acharnement à leur encontre : « On ne peut pas vivre tout le temps comme ça… On nous pousse à nous mettre contre la loi… Si on ne nous autorise pas d’endroit pour nous il faut bien que l’on mette nos caravanes quelque part pour vivre. » C’est la raison pour laquelle ce groupe fait parler de lui depuis juin, se branchant illégalement au réseau d’eau et d’électricité, se faisant expulser manu militari de commune en commune. « En juin, à l’aire de la communauté urbaine, nous avons été mis dehors, parce qu’ils voulaient faire des travaux… soi-disant ! Sans rien nous proposer et depuis nous cherchons un lieu pour nous poser définitivement. C’est mieux pour scolariser les enfants et pour toute la communauté… Si on se branche à l’électricité et à l’eau illégalement, c’est parce que l’on ne nous laisse pas d’autre choix. Nous, on veut bien payer si on nous branche ! On ne peut pas vivre sans eau, ni électricité que ce soit l’été ou l’hiver. Nous avons de nombreux enfants, des gens âgés qui sont aussi malades, des handicapés, ce n’est pas possible de rester dans cette situation. » Aux accusations de dégradation de l’aire des gens du voyage, le pasteur Couteau répond qu’ils n’y sont pour rien, des dégradations ayant été faites après leur départ. Aucune procédure de justice n’a été entreprise à leur encontre concernant ces accusations. Pour Manu, membre de cette communauté, les gitans ont une qualité, c’est la résilience : « IIs veulent nous parquer dans leurs décharges municipales, mais ils n’y arriveront pas ! Ce sont eux qui ne respectent pas la loi. »

Propos recueillis sur le camp par Philippe Galano

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