
Accueil d’un enfant perdu

» J’ai perdu tous espoir. Je serai majeur en décembre et je n’ai toujours pas de papiers. »
Migration. Confidence de l’un des 230 mineurs isolées accueilli par l’Institut départemental de l’enfance et de l’adolescence (IDEA).
Quel a été ton parcours ?
Les circonstances m’ont obligé à quitter mon pays à l’âge de 15 ans. Comme beaucoup de Guinéens je suis passé par la Lybie et ses horreurs et j’ai traversé la Méditerranée dans de terribles conditions. Après quelques temps en Italie, j’ai rejoint la France car je ne comprenais pas l’italien alors que je parle français.
Comment as-tu été accueilli ?
Je suis arrivé à Perpignan en octobre 2018. Dès le lendemain, l’IDEA m’a placé dans un hôtel au centre ville où j’habite donc depuis cette date. Pour les repas, je dois me rendre au Fren’cheese de l’avenue Joffre. Parfois, la nourriture est tellement mauvaise que je ne mange pas. D’autres fois, sans carte de bus, je n’y vais même pas.
Sans carte de bus ?
Au début, j’ai passé quatre mois sans carte de bus. Et depuis le déconfinement, on me la promet, mais je ne l’ai toujours pas. ça fait plus de deux mois. C’est un vrai problème pour moi. Je suis coincé dans ma chambre d’hôtel sans rien faire.
Justement, qu’est-ce que tu as fait depuis octobre 2018 ?
J’ai eu mon brevet en 2017 dans mon pays. Je voulais aller au lycée ici mais on m’a dit que ce n’était pas possible. On m’a proposé des stages de deux semaines. J’en ai fait quatre. Deux dans la restauration, un dans une entreprise de soudure et le dernier, interrompu par le confinement, dans une entreprise de publicité. Je n’ai jamais été payé et ça ne m’a mené à rien. Moi, je voulais une formation, mais on ne m’a rien proposé.
J’ai démarché plusieurs entreprises de nettoyage industriel avec CV et lettre de motivation mais aucune n’a abouti. Je me sens complètement seul, abandonné.
Personne ne m’aide à trouver un patron. J’avais trouvé un stage de quatre jours à Toulouse. Le patron m’avait même proposé un contrat à l’issue de ce stage. L’IDEA a dit qu’un transfert sur Toulouse n’était pas possible. Donc je n’ai toujours rien.
Comment te sens-tu ?
J’ai perdu tout espoir. Je serai majeur en décembre et je n’ai toujours pas de papiers. Sans formation, sans contrat d’apprentissage, que va-t-il m’arriver? J’ai si mal, que j’ai l’impression d’avoir une plaie au cœur. J’appelle à l’aide tous les hauts cadres, tous les responsables. On ne peut pas nous abandonner comme ça.
Pourquoi avoir voulu témoigner ?
Pour que les gens sachent comment nous, les jeunes migrants, sommes traités. Je ne me bats pas pour mon seul intérêt. J’espère que quelqu’un finira par nous entendre, ou simplement nous voir.