«Vacances apprenantes » : une fausse bonne idée

Education. « En avant toute pour la jeunesse ! » s’est exclamé avec enthousiasme J.-M. Blanquer en présentant son dispositif « vacances apprenantes ». En quoi consiste précisément ce dispositif ?
Réalisant que les vacances pouvaient être inégalitaires, le ministre de l’Education nationale a proposé le 6 juin dernier de mettre en place des « vacances apprenantes », précisant qu’il faut « donner un contenu éducatif aux colonies de vacances ».
Indépendamment du contenu du projet, il y a là d’emblée un mélange des genres voire un dévoiement du rôle des colonies de vacances et de l’éducation populaire.
Colonies de vacances et éducation populaire
L’objectif initial des colonies de vacances est d’ordre sanitaire. Il s’agit d’envoyer les enfants des quartiers défavorisés urbains au grand air. Mais leur objectif fondamental est l’apprentissage du vivre ensemble et de l’autonomie avec l’ambition de créer une fraternité idéale le temps de la colonie, transmissible ensuite au reste de la société.
Une tentative, à la fin du 19° siècle, sous l’impulsion d’un certain Cottinet de les transformer en colonies scolaires a échoué. Se met alors en place un modèle éducatif complémentaire à l’école mais qui ne reprend pas le modèle de l’école où l’enfant est passif.
Au cours des années 70, les colonies de vacances vont se structurer autour de projets à thèmes, d’activités sportives, linguistiques ou culturelles. Mais dès les années 80, les colonies généralistes accessibles aux « enfants du peuple » ont peu à peu laissées place à des colonies à thèmes destinées aux enfants de familles aisées.
Parallèlement plusieurs associations complémentaires de l’école, dont la Ligue de l’Enseignement dès 1864, se réclament de l’Education populaire.
L’éducation populaire n’a pas vocation à éduquer le peuple. Il ne s’agit pas de vulgariser des savoirs mais de donner les moyens de comprendre, de favoriser l’émancipation et l’émergence de mouvements sociaux de transformation sociale.
La Charte de l’éducation populaire de 2005 rappelle l’importance de la pédagogie comme « art de s’éduquer soi-même avec d’autres » et considère l’enfant comme acteur de sa formation contrairement à l’écolier.
Que propose Blanquer ?
On est bien loin de la philosophie humaniste qui a présidé à l’émergence des « colos » et de l’éducation populaire.
Les ministères de l’Education nationale et de la Ville vont débloquer 200 millions pour offrir des séjours d’une semaine à 400 000 jeunes de quartiers défavorisés contre 70 000 à l’heure actuelle.
Le seul but affiché est le rattrapage scolaire. Le matin les élèves suivraient des activités scolaires basées sur les savoirs fondamentaux (maths, français, langue) et l’après-midi des activités sportives et culturelles. Même structuration de la journée dont rêve le ministre pour l’école de demain ! Le dispositif s’adressera en priorité aux établissements d’éducation prioritaire et aux lycées professionnels à charge pour les directeurs d’école et chefs d’établissement d’identifier les élèves susceptibles de bénéficier du dispositif.
Passer de 70 000 à 400 000 élèves avec un programme ludique semble déjà difficile, avec un programme scolaire cela semble inatteignable. On imagine mal les élèves décrocheurs passer leurs vacances dans un cadre scolaire, fussent-elles gratuites. Quant à multiplier le nombre d’encadrants par cinq cela paraît irréalisable.
Ce que propose J.-M. Blanquer pour parer à la difficulté, c’est de « soutenir » -c’est-à- dire financer- les colonies de vacances et les centres de loisirs en échange d’une scolarisation de leurs activités. Nul doute que ce sont les grosses associations qui vont récupérer ce marché officiel.
Pour Jean-Michel Bocquet, directeur d’une fédération d’éducation populaire « ce projet est ségrégatif socialement, intenable et en rupture avec la tradition des mouvements d’éducation populaire ».