Les émeutes

Les émeutes

Il est certain que gouverner un pays est une activité complexe, surtout avec une Constitution qui concentre tous les pouvoirs, ou presque, autour d’un exécutif qui prend rapidement des allures de monarque « fût-il républicain » et qui décide de tout sans écouter personne.

Il est certain que gouverner un pays est une activité complexe, surtout avec une Constitution qui concentre tous les pouvoirs, ou presque, autour d’un exécutif qui prend rapidement des allures de monarque « fût-il républicain » et qui décide de tout sans écouter personne. Ça a donné les gilets jaunes, ça a donné et ça donne encore la bataille des retraites. Le recours systématique au déni et à l’entêtement qui caractérise Macron le conduit à faire appel à la force policière pour imposer une politique rejetée. La pire des méthodes pour répondre aux nécessités sociales. Les incidents consécutifs à la mort de Nahel à Nanterre confirment ce jugement.

Les faits

Le mardi 27 juin, à Nanterre, un contrôle routier a tourné au drame : Nahel,  17 ans, est abattu par un policier pour refus d’obtempérer. Les images captées par le smartphone d’une passante ont mis à mal la version policière qui évoquait un véhicule fonçant vers les agents. Une enquête est ouverte, les deux fonctionnaires ont été auditionnés. Le tireur a été placé en garde à vue, puis en détention provisoire. « Le parquet considère que l’utilisation légale de l’arme n’est pas réunie… ». Ministre de l’Intérieur et Président ont dit leur émotion… « Inexplicable et inexcusable… »

L’émotion et la colère

« Le refus d’obtempérer ne donne pas de permis de tuer… » a dit Olivier Faure du PS. Clémentine Autain a dénoncé une « exécution sommaire ». La droite et l’extrême droite font semblant de ne pas comprendre. L’ancien rugbyman Bakary Meïté exprime une colère légitime de nombreux sportifs issus des banlieues : « Tu te satisfais de la mort d’un gamin de 17 ans. Tu lui inventes un casier judiciaire pour légitimer sa mort… je te plains ». Le maire de Nanterre Patrick Jarry s’est dit « choqué » par la vidéo du drame. Depuis en banlieues, mais pas que, des émeutes ; « nos villes sont des poudrières , on le sait » explique Philippe Rio, Maire PCF de Grigny.

Depuis l’émeute

Au cœur de ces tensions, les jeunes et les réseaux sociaux : les violences se répandent comme des traînées de poudres. Les services publics sont visés, les écoles, les magasins, les postes de police, les grandes surfaces, la consommation et les symboles de l’État. Des pillages, des incendies de voitures. De l’autodestruction qui sème l’incompréhension chez ceux qui savent ce qu’il en a coûté d’équiper ces villes.

Un pouvoir qui joue les matamores et qui additionne les effectifs de policiers envoyés sur le terrain… avec des directives fluctuantes … et des mots qui impressionnent : blindés, RAID, GIGN, hélicoptères… Des arrestations nombreuses, les tribunaux appelés à la rescousse. La mise en cause des parents qui ne surveillent pas assez leurs enfants. L’impuissance et la désolation des acteurs de terrain qui voient leurs efforts réduits à néant. Le gâchis !

Le domicile d’élus est attaqué. Le cauchemar des émeutes de 2005 et les leçons  n’ont pas été tirées. L’abandon de quartiers entiers a fait son œuvre, nous savons ce qu’il en est ici aussi. L’état d’urgence réclamé par certains comme solution miracle ? Comme si tordre le cou aux libertés n’était pas un remède bien pire que le mal. Le pouvoir est dans l’incapacité d’empêcher un embrasement que le désordre des choses aide à comprendre.

Pas les Yakafokon

Ceux qui proclament haut et fort, tous les Yakafocon répressifs possibles pour mettre fin à la crise actuelle de la société se sécurisent à peu de frais et font le jeu d’une extrême droite qui pense tirer les marrons du feu d’une chaudière brûlante.

Les divisions sociales, les inégalités de richesses, le rejet du peuple, toute la liberté pour les puissants d’exploiter un monde du travail qui devrait se satisfaire de la survie qui lui est proposée : Insupportable ! Les banlieues et les quartiers sensibles rejetés dans des mondes parallèles ! Il faudrait avoir peur de l’égalité et des services publics qui la promeuvent. Il faudrait avoir peur du pluralisme fraternel, d’une société riche de ses différences, de sa puissance économique, de ses ambitions politiques pour plus de justice. ?

Les manques dont nous souffrons nous révoltent au TC et révoltent une jeunesse fragilisée par une crise qui les exclut du monde dont ils voient les richesses sans les partager. Avec le sort de Nahel, ils en mesurent l‘hypocrisie et le disent en secouant un cocotier qu’il serait temps de bien replanter pour qu’il donne à tous ses fruits.

Et, la police ?

Elle est en posture délicate. Elle fait un travail difficile, nécessaire, mais visiblement, elle semble soumise aux aléas de politiques plus préoccupées de maintien de l’ordre et de répression que soucieuses de justice sociale. D’où comme un divorce. La réforme de 2017 sur l’utilisation des armes à feu en est l’illustration. On en constate les dégâts. Déontologie, démocratie, paix devraient être des obsessions policières : est-ce possible avec Darmanin ?

J.-M.P.

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