
Trêve des guérisseurs
Les médecins grognent contre les propositions de revalorisation des tarifs médicaux pour les cinq ans à venir.

Santé
Les médecins grognent contre les propositions de revalorisation des tarifs médicaux pour les cinq ans à venir.
La proposition de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) d’augmenter de 1,50€ la consultation de base – qui passerait de 25 à 26,50€ – est vécue comme une « marque de mépris » par le premier syndicat des généralistes. Pour les patients, la mesure va influer sur la prise en charge de la sécurité sociale et des mutuelles. Les modes de revenus médicaux sont variables : honoraires fixes pour les uns, dépassements d’honoraires pour les autres, rémunération à géométrie variable à l’hôpital. Sur les 210 000 médecins en France, environ 160 000 (public et privé), assurent les soins en se partageant 24 milliards d’euros de revenus soit 14% du budget de la CNAM qui souligne les efforts déjà consentis : « Le vrai prix de la consultation, n’est pas 25€ mais un peu plus de 35 une fois intégrés tous les éléments de la rémunération des médecins libéraux, comme les différents forfaits que verse l’assurance-maladie et la prise en charge d’une part importante de leurs cotisations sociales ». Estimant que chaque médecin traitant touche chaque année « plus de 25 500€ en plus de la rémunération de leurs actes (hors vaccination Covid) ». Doubler la consultation à 50€ coûterait 7 milliards d’euros à la Sécurité sociale, alors que les précédentes revalorisations avaient déjà coûté 2,4 milliards d’euros. En France, on compte environ 3,3 médecins pour 1 000 habitants, ce qui correspond à peu près à la moyenne des pays de l’OCDE.
Toubib or not toubib
Certes, les conditions de travail des généralistes se détériorent mais c’est l’une des professions les mieux payée de France, la proposition du gouvernement représente une augmentation a minima de 8,5% de leurs honoraires. Quid de la revalorisation du revenu des patients : SMIC 1,81%, retraites 0,8%? Si 11% des français n’ont pas de médecin traitant, dont 650 000 souffrants de maladies chroniques, trop d’entre eux renoncent à des soins pour raisons financières ou délais d’attente dûs aux déserts médicaux. En effet, 36% des libéraux ont plus de 60 ans et 20% plus de 65 ans, pyramide d’âges que ne compensera pas la réouverture du numerus clausus d’ici 2038 ! De contrat santé à engagement territorial, les généralistes se plaignent de dépendre d’une rémunération aux objectifs et d’une surcharge administrative qui neutralisent le temps passé avec chaque patient. Au pays du libéralisme, peut-il exister une médecine plus humaine?
Ray Cathala