Combattre le fascisme aujourd’hui ?

Combattre le fascisme aujourd’hui ?

Ugo Palheta, auteur de « La possibilité du fascisme ».

Conférence. Ugo Palheta revient sur le développement actuel de l’extrême droite et les dangers qu’elle amène.

Selon vous, sur quoi repose la séduction qu’exerce le fascisme sur les masses ? 

C’est plutôt un mouvement qui aspire à séduire les masses, et se base sur un projet de régénération nationale qui intégrerait des franges de la classe populaire. Par conséquent il faut purifier la nation des groupes non assimilables et dans le langage d’extrême droite par exemple, l’intégration signifie se débarrasser de tout ce que vous êtes. Les meilleurs sont vus comme des ennemis qui minimisent la nation. De même pour le mouvement ouvrier qui empêche la régénération nationale.

En quoi le discours sur le choc des cultures du fascisme actuel est-il différent d’avant ?

Il y a beaucoup de différences, entre les fascistes. Elles varient suivant le contexte de chaque pays. L’antisémitisme est historiquement central dans le discours de l’extrême droite française, en Allemagne aussi, mais dans la période actuelle l’islamophobie est plus rentable électoralement. Avec la mémoire d’Auschwitz, il n’est plus possible d’être ouvertement antisémite. On est tout de suite mis en cause. C’est donc un choix tactique de mettre à distance les antisémites comme Jean-Marie Le Pen qui a été évacué de la vice-présidence du FN. À la place, on a substitué l’islamophobie à l’antisémitisme. Aujourd’hui c’est central dans le discours de l’extrême droite anti-immigrants et anti-musulmans.

Dans votre livre vous parlez de la création d’organisations d’autodéfense et de ne pas laisser place aux fascistes. Pouvez-vous préciser ?

À chaque fois qu’il y a une possibilité que l’extrême droite s’implante, il faut s’y confronter et créer un front massif. Le but est d’empêcher qu’il conquiert des quartiers, puis des villes. La tâche est d’organiser un arc de résistance avec l’ensemble des forces sociales. C’est la responsabilité du mouvement social de poser la question concrète de la lutte contre le fascisme.

Pensez-vous qu’une victoire électorale de Aliot à Perpignan est possible ?

C’est possible, dans ce cas ça serait la plus grosse prise du RN et une occasion en or pour eux. Béziers est déjà tombé aux mains de l’extrême droite. La situation actuelle est la meilleure situation pour le RN, avec un entre-deux où Macron est affaibli et le mouvement ouvrier ne s’est pas renforcé. Mais je ne suis pas devin.

Pouvez-vous expliquer l’idée d’un front uni, à la fois offensif et défensif, attaquant sur le terrain politique l’extrême droite ?

Le front uni signifie créer un axe de gauche qui par un programme minimum met fin à toutes les politiques libérales mis en place ses dernières années. C’est une réunion de l’ensemble de la gauche pour proposer une alternative politique pour tous ceux opposés aux politiques libérales. C’est une tâche compliquée, mais la manifestation du 10 novembre dernier est une bonne nouvelle, on a vu un mouvement où la majorité des organisations de gauche ont participé, à côté des quartiers populaires et immigrés. La question est de constituer un rapport de force à la hauteur de la menace fasciste. C’est un pas en avant. En mars, on attend deux grandes manifestations, celle contre les violences policières et celle contre le racisme. Il faut espérer un investissement de la gauche dans ces luttes-là. Une grande partie de la classe travailleuse n’est pas faite uniquement d’hommes blancs, elle est composée aussi de femmes et de minorités.

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