
De beaux et précieux moments

L’ensemble La rêveuse, dirigé par Florence Bolton et Benjamin Perrot.
Musique sacrée. Le deuxième confinement a stoppé net un festival très suivi qui, dans une grande diversité de genres, célébrait la mélodie de la nature.
Quand est tombé le couperet du confinement, il manquait les deux derniers jours de festival, avec, notamment, le chœur de chambre Les Éléments de Joël Suhubiette, Le concert spirituel d’Hervé Niquet, deux poids lourds de la musique ancienne, et La nuit du monde qui devait clôturer l’édition 2020 du festival Musique sacrée. Un festival décidément malmené par la pandémie puisque programmé en avril, il avait été reporté en automne. Sale temps pour la culture !
L’annulation des spectacles du jeudi faisait suite, elle, à l’attentat de Nice
En cette période sombre, on n’en a que plus apprécié la respiration qu’offrait la musique et une programmation qui a su décliner une belle diversité au sein du thème de l’année, La mélodie de la nature. Ainsi, mardi, en l’église des Dominicains, c’est un jeune pianiste, Francesco Tristano qui, avec une virtuosité ébouriffante et une inventivité rare, se livrait à une traversée de la musique au fil des siècles. De Bach à la musique électronique et un hommage à John Cage pour qui la nature comptait beaucoup. Sans interruption aucune, c’était comme un fleuve où se bousculaient rythmes et sonorités.
Juste avant, le public avait pu découvrir, sur les voûtes de l’église des Dominicains, une projection géante due au plasticien d’ici, Thomas Pénanguer. Intitulé Méta-Flore, ce spectacle multimédia était bien dans le thème, des plantes et des fleurs numériques ne cessaient d’y éclore sur des musiques intenses, telles des rosaces elles s’intégraient à merveille à la chapelle.

Clôture anticipée avec La nuit baroque
C’est donc sur La nuit baroque, toujours en l’église des Dominicains, qu’a dû se terminer le festival, une nuit en deux temps Jean-Sébastien Bach à Lübeck puis Un concert spirituel à Lübeck. L’idée étant l’évocation des compositeurs d’Allemagne du Nord du XVIIè siècle qui ont influencé Bach, surtout Dietrich Buxtehude. C’est pour rencontrer ce dernier que Bach a fait le voyage jusqu’à Lübeck. Ce voyage a inspiré à Gilles Cantagrel, immense musicologue et spécialiste de Bach, un texte magnifique, lu par un récitant lors de La nuit baroque, lecture ponctuée par le clavecin de Sébastien Wonner. Suivait le concert de l’ensemble La rêveuse, dirigé par Florence Bolton et Benjamin Perrot, qui œuvre à faire découvrir ces musiques. Orgue, clavecin, viole de gambe, violons, théorbe et soprano pour deux sonates de Buxtehude et des œuvres de Reinken et Förtsch. Un moment de grâce et de douceur dans l’harmonie et le dialogue heureux de la voix et des instruments.
En dépit des vicissitudes de l’heure, un festival de belle tenue, saluons Élisabeth Dooms et son équipe qui ont su naviguer dans la tempête.